Microbiotes

MICROBIOTE BUCCAL CLÉ D’UNE BONNE SANTÉ GÉNÉRALE

Le microbiote intestinal a fait l’objet de nombreuses recherches scientifiques. Il constitue le microbiote le plus abondant de l’organisme, ce qui lui confère un rôle majeur dans le maintien de la santé générale. 

Il est également associé au système nerveux entérique, un réseau neuronal complexe qui participe aux échanges bidirectionnels entre l’intestin et le système nerveux central.  Une grande partie des informations du système nerveux entérique est en étroite relation avec le milieu buccal. 

La cavité buccale constitue une importante interface entre l’organisme et son environnement et abrite l’un des microbiotes les plus riches et diversifiés de l’organisme « Considéré comme deuxième microbiote ».

CARACTÉRISTIQUES DU MICROBIOTE BUCCAL

La vie humaine s’accompagne de communautés microbiennes spécifiques de sa niche écologique nommées « microbiote » et de l’ensemble de ses gènes, nommé le « microbiome ».

La bouche, à elle seule, est un milieu très riche, regroupant plusieurs milliers d’espèces de micro-organismes entre bactéries, levures et virus.

Plus de 700 espèces bactériennes ont été identifiées dans la cavité orale de l’être humain depuis l’émergence des méthodes d’identification génomiques.

Les interactions entre espèces colonisant la bouche, bactéries principalement, sont nombreuses et complexes.

C’est pourquoi on parle maintenant plutôt « d’écologie microbienne buccale ».

 Schéma 1 : Microbiote oral vu sous microscopie à balayage après coloration des bactéries

Ce patrimoine microbiotique est en partie acquis de la mère, ayant déjà joué un rôle important dans le neurodéveloppement du fœtus avant la naissance puis à la naissance et étroitement lié au mode d’accouchement et d’allaitement, ensuite réorganisé lors de l’apparition des dents.

Les variations de cette microflore dépendent de plusieurs facteurs et événements de la vie :

  • l’alimentation (le sucre en particulier).
  • le brossage des dents.
  • l’architecture des dents permanentes.
  • la prise de médicaments.
  • l’abus d’antibiotiques.
  • l’eau chlorée.
  • la grossesse.
  • les états pathologiques systémiques.

Si les bactéries de la flore commensale buccale jouent un rôle protecteur, d’autres bactéries vont, en cas de dysbiose, provoquer des réactions inflammatoires locales :
gingivites – parodontites.

Schéma 2 : Acquisition du microbiote liée aux facteurs maternels et à l’enfant

LA MALADIE PARODONTALE

La parodontite sévère figurait au sixième rang des affections les plus prévalentes dans le monde. 

Une parodontite sévère non traitée est associée au passage de bactéries et d’antigènes bactériens dans le sang, ainsi qu’à une augmentation de médiateurs pro-inflammatoires comme l’interleukine-6, le facteur de nécrose tumorale alpha, et des radicaux libres. Ces mécanismes peuvent contribuer au développement d’une inflammation systémique.

Schéma 3 : Les différentes étapes de la maladie parodontale associées à l’augmentation de bactéries à Gram négatif par le Dr Vincent Ronco (Paris) et modifiées par M. Minty.

RELATION DU MICROBIOTE BUCCAL ET MALADIES CHRONIQUES SYSTÉMIQUES

La bouche, parent pauvre des consultations médicales généralistes, a été longtemps négligée, et son microbiote méconnu par bon nombre de thérapeutes, pourtant considéré comme un des marqueurs de la santé générale.

Un microbiome oral équilibré maintient une bonne santé, tandis qu’un déséquilibre ou dysbiose est associé aux infections locales d’une part et qui compromet d’autre part la santé globale en augmentant le risque de maladies systémiques.

– Les chercheurs de la « Seoul National University » ont réalisé la plus vaste analyse génétique menée à ce jour sur l’impact des maladies chroniques et inflammatoires de la bouche et la santé globale de l’organisme et inversement. 

– Les chercheurs de l’Université de Malmö en Suède, qui est l’un des pôles de recherche de premier plan mondial sur l’axe : « microbiote buccal-intestin », ont mené des travaux démontrant une corrélation bidirectionnelle forte entre la parodontite et les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) comme la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique. 

– Les publications récentes affirment avec beaucoup de preuves scientifiques qu’il existe une association entre « Fusobacterium Nucleatum » buccal et le cancer colorectal.

SCLÉROSE EN PLAQUES (SEP) ET MICROBIOTE ORAL

Le professeur Ashutosh Mangalam, de l’Université de l’Iowa (États-Unis), a récemment mené une étude sur le microbiote buccal de personnes atteintes de sclérose en plaques récurrente-rémittente, la forme la plus répandue de cette pathologie auto-immune qui touche le système nerveux central. 

Ces patients présentaient un microbiote buccal perturbé, se traduisant par une perte des bactéries bénéfiques « colonisatrices précoces », telles que Streptococcus et Actinomyces (des éléments constitutifs d’une communauté buccale saine) et par une hausse des bactéries potentiellement pathogènes :

  • Fusobacterium nucleatum ;
  • Porphyromonas gingivalis et plusieurs espèces de Prevotella.

Une étude récente de Ganesan et al. (2026), portant sur le microbiote oral de patients atteints de sclérose en plaques récurrente-rémittente, a également mis en évidence une signature microbienne distincte, avec notamment un enrichissement de Porphyromonas et de Lachnoanaerobaculum. 

S’ajoute à cela un profil métabolique altéré, ce qui confirme d’après les scientifiques que les modifications microbiennes et métaboliques buccales contribuent à l’inflammation et aux processus pathologiques dans la SEP.

DIABÈTE ET MICROBIOTE BUCCAL

Il y a un lien bidirectionnel étroit entre le diabète et le déséquilibre du microbiote buccal. 

Une glycémie mal contrôlée augmente la concentration du sucre dans la salive et la plaque dentaire, nourrissant les bactéries potentiellement pathogènes, d’où un milieu buccal acide favorisant les infections provoquant gingivites et parodontites (inflammation des tissus de soutien des dents).

La prévalence de la parodontite chez les diabétiques (17,3 %) affiche une valeur équivalente au double des patients non diabétiques (9 %).

Il existe une relation étroite entre la gravité de la parodontite et les complications du diabète. L’hyperglycémie prolongée conduit à des parodontites sévères rendant les traitements parodontaux inefficaces. 

Une augmentation de certaines bactéries chez ces patients telles que :

  • Capnocytophaga ;
  • Porphyromonas gingivalis ;
  • Propionibacterium et Neisseria.

est également associée à un risque accru de complications cardiovasculaires.

CONCLUSION

Toutes les parties du corps sont connectées de la même manière que les microbes dans la bouche pouvant atteindre d’autres organes et les affecter.

Ne plus valoriser l’examen buccal est un tort et cela aura une incidence désastreuse sur l’évolution de beaucoup de pathologies.

Médecins généralistes, spécialistes et surtout chirurgiens-dentistes doivent être impliqués dans le dépistage précoce et l’examen minutieux de la cavité buccale.

Ne plus se focaliser uniquement sur les dents et donner la place au microbiote buccal et à la maladie parodontale.

Aujourd’hui, les progrès techniques ouvrent de nouvelles perspectives dans la détection des bactéries buccales et le fonctionnement spécifique des différentes niches de bactéries.

Références

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  5. Ganesan K, et al. La sclérose en plaques rémittente-récurrente est associée à un microbiome oral dysbiotique. Ann Clin Transl Neurol. 2026.
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  8. Nam, K., Eom, B.S., Kim, J.Y. et al. Integrative genomic analysis of 21 orofacial diseases identifies shared genetic architecture with systemic diseases. Nat Commun 17, 7186 (2026).